2011, les Français et la crise

« C’est pas fini. Et le gros de la crise reste à venir ». Ainsi pourrait-on traduire le sentiment de plus des 2/3 des Français interrogés par un récent sondage. Ils ne parlent pas de l’année 2010, bien sûr, qu’ils commencent à voir disparaître à l’horizon dans une tempête de neige, mais de la crise économique qui, de G20 en explosion du coût réel de l’essence et en faillite d’États proches de nous donne à chacun le sentiment diffus de nous trouver sur un volcan.

Crise financière, crise de l’emploi, crise de confiance également dans la capacité de nos dirigeants à tenir ferme la barre et à nous conduire à bon port. Quand on les interroge sur l’influence des acteurs sur le fonctionnement du système économique à l’échelle internationale, nos compatriotes ne placent les gouvernements qu’en sixième position. Seuls 23 % d’entre eux les créditent d’une influence « très importante ». Ils sont 45 % à placer les marchés financiers et 41 % les multinationales dans la position de décideurs. Même les organisations économiques mondiales semblent bien désemparées : seuls 31 % pensent que leur influence est « très importante ».

Les jeunes sont les plus « optimistes » : 56,6 % (quand même) s’attendent au pire pour les mois à venir. Et les les employés, les « sans diplôme », les faibles revenus sont les plus pessimistes. Plus fragiles, ils imaginent bien – pour employer une métaphore maritime – que , situés sur le gaillard d’avant, ils risquent d’être plus facilement emportés par une déferlante que ceux qui sont tranquillement installés sur le château arrière. Une note positive ? Alors que le projet de budget pour 2011 prévoit que la dette publique de la France atteindra 86,2 % du produit intérieur brut (PIB), avec près de 1 600 milliards d’euros (quand même, qui va les rembourser ?) et que le déficit s’est encore creusé de 7,7 % du PIB en 2010, ils sont 48 % à trouver que ce n’est pas un sujet « vraiment préoccupant » et que si c’est un sujet de préoccupation important, « on a parfois tendance à l’exagérer ». J’imagine qu’ils vont passer un joyeux Noël…

Les Français aux fourneaux

Une enquête chasse l’autre et un constat demeure : les Français ont retrouvé le chemin des fourneaux. Ainsi, une étude réalisée en 2009 par le Crédoc avait  pointé le succès des cours de cuisine et mis l’accent sur le plaisir retrouvé – et transgénérationnel – de recevoir qui traversait toutes les couches de la société. Cette fois-ci, c’est une étude TNS Sofres /Gifam réalisée en février dernier qui confirme le grand retour du « fait-maison ».

Il suffit de se tourner vers les médias pour s’en convaincre : la cuisine a le vent en poupe. Selon les professionnels, on compte rentre 60 et 70 magazines de cuisine dans les linéaires des  marchands de journaux. Et les émissions de télé fleurissent atteignant des audiences record : la finale de « Master Chef » diffusée sur TF1 a ainsi réuni  5,9 millions de téléspectateurs. Sans parler d’Internet qui s’est saisi du sujet et qui abrite entre autres un site de poids : marmiton.org qui affiche 10 millions de visiteurs uniques par mois.

Il est intéressant de se pencher sur ce qui fait revenir nos compatriotes aux fourneaux. La cuisine française classée au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco ? La crise économique qui incite à fabriquer ce que nous étions enclins à acheter au prix fort chez les industriels de l’agro-alimentaire ? Pas vraiment. Selon l’étude citée plus haut, au tout premier rang des motivations exprimées figure le souci de retrouver la maîtrise de son alimentation. Alors que 84  % des Français déclarent pratiquer la cuisine maison, cette motivation est citée par trois personnes sur quatre (74 %). Plaisir et santé sont donc les moteurs de ce mouvement : on prépare les produits que l’on a soigneusement choisis et on contrôle les quantités de matières grasses, de sel et de sucre qui président à leur préparation.

L’enquête met aussi en avant la convivialité. Cuisiner ne serait plus une corvée mais un plaisir partagé : on y consacre de plus en plus de temps, sinon en semaine, du moins en week-end et pendant les vacances. Et 7 enquêtés sur 10 préfèrent cuisiner avec leur conjoint et leurs enfants, d’autres membres de leur famille ou des amis (près de 9 sur 10 affirment que faire la cuisine avec ses enfants contribue à transmettre l’histoire et les valeurs familiales).

La grande peur du réchauffement climatique

Il y a eu la peur de l’an mil, la peur de la grande peste, celle de l’Apocalypse qui a fait paniquer – on se demande pourquoi : l’Eden est-il si effrayant que cela ? – des milliers de croyants. Il y a eu la peur des extra-terrestres, de la fin du monde, celle de la bombe atomique, plus près de nous celle du bug de l’an 2000, celle de la grippe aviaire ou de la maladie de Creutzfeld-Jacob, celle des attentats terroristes… Aujourd’hui, il y a  la peur des lendemains qui déchantent. Pour la première fois depuis bien longtemps, beaucoup pensent que les générations suivantes vivront bien moins que les précédentes.

Pessimisme exagéré ? Pas vraiment. Si  l’on prend en compte la seule démographie (au minimum 30 %  d’humains de plus dans les cinquante prochaines années), on se rend bien compte que  la Terre de réussira pas à renouveler en totalité ce que les Hommes prélèvent dans le milieu naturel (forêts, eau pure, métaux rares, ressources marines). Le pétrole en est une première illustration : les réserves, qui ont mis des dizaines de milliers d’années à se constituer, vont être consommées en quelques centaines d’années seulement au rythme actuel.

Autre facteur limitant : un consensus se forme autour de l’idée que l’activité humaine modifie profondément le climat. Selon un récent sondage Ifop pour le Monde et France Inter, les risques liés au changement climatique arrivent en tête des risques jugés les plus préoccupants (44 %) devant les risques liés à la pollution des eaux et à l’alimentation. Et ce sont les jeunes qui sont les plus inquiets. Les deux tiers (66 %)  des Français pensent que les conséquences du réchauffement ont déjà commencé à se faire sentir. Et le clivage générationnel est patent : si cette opinion est partagée par un Français de plus de 65 ans sur deux, chez les moins de 35 ans, ce taux grimpe à 78 %. De la même façon, 56 % de nos compatriotes pensent que le réchauffement représentera une menace sérieuse pour notre mode de vie. Sur cet item aussi, les jeunes se détachent : les moins de 35 ans sont 67 % à le penser (39 %  pour les plus de 65 ans).

Cette sensibilisation accrue des plus jeunes pourrait être salutaire pour l’avenir de la planète et devrait logiquement conduire à les faire s’interroger sur leur responsabilité dans l’avenir du monde. Mieux, cette peur pourrait être le catalyseur d’une modification des comportements. Il n’est pas interdit de rêver, non ?

Travailler plus pour aider plus

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, nous allons être confrontés dans les années qui viennent à un défi de taille : la prise en charge les personnes âgées dépendantes dont le nombre va croître de façon exponentielle (selon les projections, en 2050, le nombre des plus de 75 ans devrait dépasser 11 millions de personnes, avec plus de 1,5 million de personnes dépendantes). Mettre en place un dispositif pour  financer la dépendance est un des engagements du nouveau gouvernement. Il est intéressant, dans le cadre d’une volonté affichée de réduction drastique du déficit de l’État, d’examiner quels sont les moyens préconisés pour dégager les recettes propres à relever ce défi.

Si le budget de l’État ne peut pas mettre la main à la poche, il est clair que l’on va prendre cet argent dans la poche des contribuables. Et tant pis si l’engagement a été pris de n’alourdir ni la fiscalité directe ni les prélèvements obligatoires. Première piste : augmenter la CSG des retraités. Il s’agirait de porter à  7,5 % le taux  de 6,6 % appliqué sur le montant le plus élevé des retraites. Parallèlement la progressivité du taux de CSG appliqué aux retraites serait « revue ». Le recours sur succession est la deuxième voie explorée. En tentant de ne pas recréer les problèmes rencontrés par la PSD (prestation spécifique de dépendance, ancêtre de l’allocation personnalisée d’autonomie – APA) : les personnes âgées ne la sollicitaient pas pour ne pas assécher leur succession. Pour cela, un montant plafond à déterminer ne serait récupéré que sur la partie de l’actif successoral supérieur à 200 000 euros.

Et comme on ne change pas une formule qui marche, voici la troisième voie qui ne fait  vraiment sourire ni les salariés ni les entreprises : il s’agirait de mettre en place une deuxième journée de solidarité à l’image de celle qui a été instaurée après la canicule de 2003. Chaque salarié ferait « cadeau » d’une journée de RTT travaillée au bénéfice des personnes âgées dépendantes. Ce qui revient, en clair, à taxer les entreprises en fonction de leur masse salariale.

Enfin, comme le produit de cette journée serait insuffisant pour couvrir les besoins (moins de la moitié des 5 milliards d’euros nécessaires), une assurance obligatoire serait instaurée à partir de l’âge de 50 ans pour couvrir le risque de la dépendance. Une mesure qui s’inscrit dans une logique libérale de contournement de l’État providence déjà mise en œuvre au fil des réformes de l’assurance-maladie. Nous serons attentifs aux arbitrages qui seront prononcés sur ce sujet dans les prochains mois.

Radars : la vache à lait se tarit

Les automobilistes qui se jugent – et avec raison – les vaches à lait de l’Etat en ont-ils assez de se faire traire ? C’est ce qui semble apparaître à la lecture du montant produit par les radars automatiques, qui baisse pour la première fois depuis la mise en place du contrôle sanction automatisé. Petit retour en arrière avec l’installation en 2003 d’une centaine d’appareils que les automobilistes accusent immédiatement d’être implantés non pas pour assurer la sécurité du trafic mais plutôt dans le but inavoué de remplir les caisses de l’Etat. Un argument que les associations de lutte contre la violence routière ont rapidement balayé en leur expliquant qu’il ne tenait qu’à eux de ne pas être sanctionnés. Le scrupuleux respect des limitations de vitesse étant une manœuvre imparable qui évite à chacun de se voir frappé  au portefeuille ou/et amputé de ses précieux points.

Las ! Entre 2005 et 2009, les radars se sont multipliés. Leur nombre est passé de moins de 1000 à plus de 2700 produisant 503 millions d’euros de recettes. Évidemment, si l’on retranche à ce chiffre le coût initial de l’investissement et le coût d’entretien (qui est grevé par les coûts induits par le vandalisme), la somme qui entre effectivement dans les caisses de l’Etat est bien moindre. Et elle va, selon les projections réalisées récemment, continuer de diminuer car, heureusement, la vitesse moyenne constatée sur le réseau routier a beaucoup baissé (de plus de 90 km/h en 2000 à moins de 80 km/h prévus pour 2011), entraînant dans son sillage une baisse du nombre de tués dont tout le monde se réjouit.

Des voix s’élèvent encore pour contester que cette diminution des  sanctions soit le résultat d’un comportement vertueux. Nous avons en effet tous vu de nos yeux des automobilistes, alertés par leur GPS, freiner violemment à l’approche d’un radar pour mieux appuyer sur le champignon juste après avoir dépassé la lanterne maléfique. Que ces automobilistes se méfient : le nombre de radars mobiles va bientôt atteindre les mille unités et l’apparition des radars « feux rouge », voire même aux passages à niveaux,  va singulièrement compliquer la tâche des fraudeurs de la route. Sans compter avec les radars dits tronçons qui mesurent la vitesse sur une portion de voie de quelques kilomètres.

Les véhicules étrangers qui échappaient jusqu’à présent à toute sanction quand ils outrepassaient la vitesse sur notre territoire vont bientôt devoir réviser leur jugement. Après les Suisses et les Luxembourgeois, les conducteurs allemands, belges, espagnols et italiens vont devoir – si les accords sont ratifiés – mettre la main au portefeuille. En attendant une directive européenne instaurant un réseau d’échange de données relatives aux immatriculations qui mettra tout le monde d’accord.

Médecins-robots

Un décret de la loi Hôpital, patients, santé et territoires récemment publié veut donner un cadre légal à l’exercice de la télémédecine. Doit-on donc en déduire que cette médecine s’exerçait déjà, mais sans cadre légal ?

De quoi s’agit-il ? De permettre à des professionnels de santé d’échanger à distance en utilisant les moyens permis par les techniques modernes de communication, mais pas encore d »opérer à distance comme le promettent les auteurs d’ouvrages de science-fiction. Il semble qu’en formalisant les choses, le législateur ait voulu éviter qu’une médecine déshumanisée se mette en place, surtout dans ces territoires boudés par les généralistes que l’on commence à appeler les « déserts médicaux ». Pour cela, le décret prévoit que la télémédecine ne soit pas utilisée en lieu et place d’une première visite, mais qu’elle remplace une visite destinée à renouveler une ordonnance par exemple. C’est déjà ce qui peut se passer avec le téléphone. Qui n’a jamais entendu dans son entourage quelqu’un dire qu’il va passer un coup de fil à son médecin traitant pour qu’il lui prolonge une ordonnance pour cause d’épuisement de la première prescription ?

Cette décision est sage car on ne conçoit pas qu’un patient soit ausculté à distance par un médecin-robot. Au cours de la première visite à son médecin, le patient a davantage besoin d’être écouté et entendu que de se voir asséner un diagnostic et des prescriptions aussi pertinents soient-ils. C’est le rôle social du médecin généraliste que les médecins « technocratiques » voudraient marginaliser sous la pression des malades eux-mêmes qui réclament de plus en plus d’examens et de la judiciarisation des actes médicaux.

C’est ce rôle d’écoute et de conseil qu’il faut sans se lasser remettre au premier plan car c’est un aspect essentiel de la pratique médicale. Malheureusement, c’est aussi le parent pauvre de toutes les études de médecine. Un aspect du travail que le jeune médecin formé dans les meilleurs CHU et rompu aux techniques médicales les plus modernes découvre dans le silence de son cabinet. Ceux qui font preuve naturellement d’empathie s’en sortent. Quant aux autres…

L’émergence du bio

Au moment où se tient à Paris le Salon International de l’Alimentation (Sial), qui axe toute sa communication sur les nouveautés alimentaires – et même les plus extravagantes. Avez-vous entendu parler du sandwich sans pain ? Chocking ! le lord éponyme doit de retourner dans sa tombe !!!! – rien ou si peu ne filtre sur un secteur qui connaît une croissance à deux chiffres : la production bio.

Serait-ce déjà passé de mode ? Et pourtant, cette méthode plus douce pour produire les aliments en abîmant au minimum notre planète mérite que l’on s’en occupe un peu. Voici tout d’abord de quoi se réjouir. Même si le bio ne totalise que 1,9 % du marché total des produits alimentaires en France, la croissance enregistrée entre 2008 et 2009 (en pleine période de crise – en 2009, le PIB a chuté de 2,5 % dans notre pays) atteint 19 %. Avec près de 300 nouveaux exploitants chaque mois, le nombre de producteurs a crû de 23 % sur la période. Le nombre d’exploitations est passé de un peu moins de 9 000 en 2000 à près de 16 500 en 2009. Et 40 % des établissements de restauration collective proposent épisodiquement des produits bio en 2010 alors qu’ils n’étaient que 36 %  à les mettre à leur menu en 2009. C’est étonnamment le secteur de l’épicerie sucrée qui connaît la plus forte croissance en chiffre d’affaires (+ 29 %, excusez du peu) suivie de l’épicerie salée (+22 %) et du lait (+ 21 %).

Il y a quand même un endroit où le bât blesse, c’est le porte-monnaie. D’après Que Choisir, les produits bio vendus en grandes et moyennes surfaces seraient 22 % plus chers que les produits équivalents dans les grandes marques et 57 % plus onéreux que ceux des marques de distributeurs. De quoi refroidir bien des ardeurs ? Pas du tout car il apparaît que 74 % des consommateurs de bio ont maintenu les dépenses qu’ils consacrent à ces produits en 2009 et que 10 % les auraient même augmentées. De quoi inciter davantage d’exploitants à franchir le pas, car 38 % des produits bio présents sur le marché français sont importés et ce pourcentage atteint 65 % pour les seuls fruits et légumes. Messieurs les producteurs, à vos parcelles.

Des prix et des marges

Le projecteur est braqué sur un sujet qui fait polémique depuis que le monde est monde : quelle est la marge qui sépare le prix d’un produit vendu au consommateur final et celui payé en amont de la chaîne de production ? Cette information  fait partie des secrets défense de toutes les entreprises et on comprend intuitivement pourquoi. Pourtant, des voix s’élèvent périodiquement qui réclament plus de transparence, et elles proviennent surtout de ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts. Cet été encore, un des secteurs – le secteur agricole -  a crié très fort : il s’agissait des producteurs de lait qui accusaient la filière agro-alimentaire, distributeurs en tête, de se « sucrer » sur leur dos.

L’équation est relativement simple : plus le nombre d’intermédiaires est important, plus l’écart entre les deux prix se creuse. Et plus la valeur ajoutée de la transformation est grande, plus la différence est compréhensible. Ceux qui se penchent sur les fruits, par exemple, ont du mal à s’expliquer pourquoi l’écart de prix est si grand entre deux produits que seul le transport sépare. De la même façon, concernant le lait, il est relativement facile de comparer le prix du lait frais acheté au producteur et celui de la brique vendue en grande surface (process simple). Mais comment  comparer le prix de ce même litre de lait à celui d’un kilo de comté affiné trois mois en cave ? Et comment établir un rapport clair entre le prix d’un animal acheté sur pied et le montant cumulé du prix des côtelettes, du jarret , de l’épaule, des faux-filets, etc ?

En installant officiellement un « Observatoire des prix et des marges », le gouvernement veut « faire la lumière sur la répartition des marges entre producteurs, industriels et distributeurs ». Objectif ambitieux auquel vont s’atteler les cinq experts qui sont chargés de publier, une fois par mois le résultat de leurs travaux. Il me tarde d’être au 15 novembre pour découvrir la polémique que ne manquera pas de provoquer la publication des premières statistiques…

Vieillissement actif

La nouvelle est d’importance pour tous les papy-boomers : on va passer en 2012 du vieillissement passif au vieillissement actif. Car 2012 devrait être consacrée début 2011 par le Parlement européen et le Conseil de l’Europe, sur proposition de la Commission, « Année européenne du vieillissement actif », c’est-à-dire que les générations qui vont atteindre cet âge vont pouvoir s’activer pour vieillir au lieu de se laisser passivement glisser dans le grand âge. Une bonne nouvelle surtout pour les générations du baby boom, rebaptisées par la force des choses génération du papy boom. Qui vont voir leur part augmenter : selon l’Insee, notre pays va voir le nombre de ses 75 ans et plus multiplié par 2 entre 2000 et 2040 pour atteindre les 10 millions de personnes. En 2050, demain donc, 1/3 de la population, soit plus de 22 millions de personnes sera âgée de 60 ans et plus.

D’où l’importance des défis lancés à toute cette population : comment rester plus longtemps en bonne santé ? Et comment continuer à remplir un rôle dans une société qui laisse de plus en plus de possibilités à sa jeunesse (voir la récente autorisation donnée aux jeunes de créer et de gérer une entreprise à partir de l’âge de 16 ans…) ? Car on ne peut pas imaginer notre société se priver de l’apport intellectuel et économique d’une telle proportion de sa population. Sans compter qu’il faudra les mettre au travail.

Lors d’un récent déplacement aux Etats-Unis, j’ai été frappé de constater que la personne qui tenait la caisse du supermarché pouvait être ma grand-mère. Et en discutant avec un pêcheur au petit matin au bord d’un lac, d’apprendre qu’il allait bientôt replier ses gaules pour aller « reprendre du service car [il] s’ennuie à la retraite ». L’exemple venant toujours de l’Ouest (plutôt du Far West, dans ce cas précis), commençons à nous y préparer dès maintenant !

Redéfinir l’autorité

Exercer l’autorité est un véritable casse-tête. Même si cette question est relativement nouvelle à l’échelle de l’humanité. Jusqu’aux années 50, on ne plaisantait pas avec un ordre sous peine de se le voir confirmer à grands coups de taloches ou autres sévices corporels. Depuis, le balancier s’est déplacé et il faut souvent tourner plusieurs fois sa langue dans sa bouche avant de proférer un ordre.

A la maison d’abord, avec ses enfants, nourris du slogan à l’intitulé paradoxal « il est interdit d’interdire » qui a fait les beaux jours de mai 68. Difficile de naviguer entre les impératifs du quotidien – aller vite ne s’embarrasse pas de nuances – et la nécessité d’expliquer chaque ordre pour qu’il soit bien compris et accepté. Sans compter que l’enfant se construit dans l’affrontement… un casse-tête pour tous les parents

Dans l’entreprise, la question est périodiquement débattue. « Autorité, obéissance. Jusqu’où ? » était le thème des Entretiens de Valpré qui se sont tenus début octobre à Lyon. Au cours des débats, il est apparu que, de la même façon qu’avec ses enfants, on ne fait pas marcher les équipes à la baguette. « Une instruction, c’est le début de la discussion », rapporte ainsi un directeur de ressources humaines. Obtenir un consensus est l’ambition de tout dirigeant car c’est un gage d’efficacité. « Imposer une règle ne suffit plus, rapporte un autre cadre. Il faut la justifier, en expliquer le sens. » Un récent sondage réalisé pour l’occasion a apporté un éclairage sur les notions d’autorité et d’obéissance. Pour les salariés dans leur majorité (78 %), l’autorité devrait dans l’idéal  s’appuyer sur la compétence alors qu’en réalité ils pensent qu’elle est fonction de la place hiérarchique dans l’entreprise (53 %). Le hiatus entre les deux items est en lui même parlant. Quant à l’obéissance, cela semble effarent, mais un peu plus du tiers des salariés déclarent que les « consignes doivent être exécutées même si elles sont contraires à la loi »… Enfin, 67 % des personnes interrogées trouvent que « l’obéissance des salariés est un facteur de performance pour l’entreprise ». Pour autant, certains entrepreneurs se félicitent de voir leurs salariés prendre des libertés avec les règles. « Appliquer toutes les règles peut ralentir ou même bloquer un processus, rapporte un chef de service, cela s’appelle la grève du zèle. » Qui conclut : « Un peu de contestation peut être le signe d’une intelligence collective. »