On savait que les vaches employaient une grande partie de leur temps libre à regarder passer les trains. C’était avant la généralisation des TGV. Depuis, il est devenu dur de se livrer à cette salutaire occupation sans se démancher le cou ! Ceux qui n’ont pas essayé de se mettre à quatre pattes et de suivre un monstre d’acier lancé à plus de 300 km/heure ne peuvent pas comprendre.
Alors, ces mêmes bovins vont au salon de l’Agriculture et regardent passer les hommes politiques. Qui font assaut de lenteur, nous y reviendrons. Ainsi, pas moins de 9 ministres ou sous-ministres ont arpenté le mercredi 3 mars les allées de Parc-Expo. Pourquoi ont-ils choisi le jour des enfants ? Mystère. Surtout que les responsables de l’opposition ont fait, eux aussi, ce même plongeon dans la campagne à Paris. Gauche, droite et extrême droite ont rivalisé d’imagination pour se succéder sans se croiser.
Champion du monde de la durée de la visite : Dominique de Villepin. Pas moins de 9 heures passées à flatter la croupe d’un bovin ici (pas si facile qu’il n’y paraît, mais il s’était manifestement entraîné il y a peu de temps à l’occasion d’une visite en terre bretonne), goûter fromages et foies gras (attention au cholestérol mais il est vrai que ce joggeur émérite a appris à éliminer), boire force cidres, vins et bières tous estampillés spécialités locales (mais attention à l’éthylotest anti-démarrage). Il s’agissait manifestement pour lui d’inscrire ses pas dans ceux de son mentor en politique, grand spécialiste de ce genre d’exercice. Les deux autres responsables de parti de haut rang présents ce jour là ne boxaient manifestement pas dans la même catégorie. Martine Aubry a bien essayé de résister plus de trois heures. Elle a ainsi largement supplanté Jean-Marie Le Pen, probablement handicapé par son âge, mais apparemment très en verve.
Si les problèmes de l’agriculture française, sous perfusion depuis que l’Europe existe, et des agriculteurs – qui ont vu leur revenu réel s’effondrer en deux ans après une surchauffe passagère due à la flambée des produits agricoles – sont très préoccupants, je doute que l’on trouve des solutions sous les sabots d’un bovin, fut-il grand prix du concours agricole. Nous avons besoin des agriculteurs et eux ont besoin que leurs revenus soient à la hauteur de leur investissement dans un travail exaltant certes mais souvent ingrat. Leurs problèmes méritent mieux qu’une visite façon promenade au zoo.





