La course des chariots

Un candidat de plus cette semaine pour la course aux chariots destinée à combattre la sinistrose qui gagne la France entière pénétrée de l’idée que le pouvoir d’achat est en chute libre. Devant l’incrédulité et la perplexité de nos compatriotes à chaque publication des indices mensuels de l’INSEE (dont la fiabilité n’a jamais été mise en doute, mais qui contrastaient tellement avec ce qui était constaté tous les jours par ceux qui effectuaient des achats), la réponse de nos politiques se veut pédagogique : il s’agit de constituer un panel de produits (si possible achetés fréquemment par les familles) et observer l’évolution de leur prix au cours du temps.

Le premier à s’être présenté sur la ligne de départ est notre ancien grand argentier Thierry Breton. Malheureusement, une fois le chariot constitué, il semble qu’il ait rapidement effectué une sortie de route qui lui a été fatale. Difficile de savoir aujourd’hui ce qu’il est devenu. A notre connaissance, c’est le journal « Le Parisien » qui a pris le relais. Chaque mois, ce confrère publie les prix d’une liste de produits (avec une colonne pour Paris et une autre pour la Province). Les résultats sont tellement étranges qu’il n’appellent de la part du journal que peu de commentaires. Il semblerait en effet que si le panier francilien est en légère hausse, celui de la Province est régulièrement en baisse.

Heureux consommateurs dubitatifs, un troisième concurrent va bientôt nous mettre tous d’accord. Il s’agit de Luc Châtel. Le suspens est encore grand quant au contenu de son véhicule. Mais je suis sûr que quand il va lever le voile, nous allons tous en rester bouche bée. Et commencer à « compter les œufs dans le cul de la poule » comme disait ma grand-mère en affectant par avance les gains de pouvoir d’achat à la relance de notre économie.

Pour que la fête soit complète, il ne manque que la contribution de notre ministre à dépenser plus, Christine Lagarde. Nul doute qu’elle ne se contentera pas de rester au paddock et qu’elle souhaitera elle aussi se précipiter dans la course. Pour le plus grand bonheur de ceux qui font réellement les courses !

Vache à lait

Difficile d’y voir clair dans le débat qui oppose les compagnies pétrolières, le consommateur et l’Etat. En première analyse, on ne peut que dire « haro sur les pétroliers » prompts à répercuter les hausses de prix du brut et beaucoup moins rapides à faire bénéficier le consommateur final des baisses. Les chiffres sont parlants : entre juillet et septembre, le prix du baril de pétrole est passé de 144,2 à moins de 100 dollars (- 30 %) pendant que les prix moyens à la pompe (en euros) ont baissé de 4,3 %. Alors que la main sur le cœur, en décembre 2007, les pétroliers avaient assuré Christine Lagarde, notre ministre du pouvoir de dépenser, répercuter les baisses le plus vite possible.

Il faut dire que les choses sont loin d’être simples. Si l’on considère que l’essence vendue à la pompe est obtenue avec du brut acheté plusieurs mois plus tôt, on ne comprend pas l’impatience des pétroliers à faire monter le prix de l’essence au moment même où le baril flambe. Une mécanique que l’on met en avant pour justifier le manque d’empressement à baisser les prix à la  pompe quand le prix du brut fléchit… Autre nuage de fumée : le billard à trois bandes entre le prix du pétrole en dollars et la valeur relative du dollar par rapport à l’euro. Quand le dollar s’apprécie, le prix du brut (en dollars) diminue mais pas en euros.

Tout ça peut nous donner mal à la tête ! Reste dans cette affaire la grande ambiguïté de Bercy. Car il faut se souvenir que le prix de l’essence est grevé par la fameuse taxe sur les produits pétroliers (qui compte pour 80 % du montant). Et que sur les prix de vente au consommateur, l’Etat prélève la TVA (19,6 %). Ce dernier n’a donc rien à gagner d’une chute importante des prix au consommateur. Au premier trimestre 2008, les taxes (TVA et TIPP) ont ainsi rapporté 120 millions d’euros de plus que prévu grâce à la flambée des prix du baril. Quand on dit que l’automobiliste est une vraie vache à lait…

Le seigneur des anneaux

Les superlatifs ne manquent pas pour caractériser le « collisionneur de particules géant » mis en service le 10 septembre par l’organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN). « La machine à décrypter l’univers », selon le Monde , « le cœur de la matière disséqué », selon Libération. Seul le Figaro de ce jour n’y va pas de son évènement.

De quoi s’agit-il en réalité ? De faire tourner deux faisceaux de protons (composants de la matière) en sens inverse à une vitesse proche de celle de la lumière (300 000 km/seconde) pour observer les collisions entre protons. Objectif : étudier la matière telle qu’elle était une minuscule fraction de seconde après le Big bang. Il a fallu pour cela investir 3,7 milliards d’euros pour construire un anneau de 27 km enterré à 100 m sous terre et refroidi à une température proche du zéro absolu (-271,3 °C). Accélérés par plus de 1000 aimants, les protons feront 11000 fois le tour de cet anneau par seconde (à une vitesse de 1 milliard de km/heure) si tant est que l’on fournisse une puissance électrique de 120 MW.

Les chercheurs en attendent des réponses à des questions fondamentales :  Pourquoi les choses ont-elles une masse ? Où est passée l’antimatière ? Comment s’est formé l’Univers ? Existe-t-il d’autres dimensions ? La version moderne du bon vieux  « D’où venons-nous ? » et « Où allons-nous ?  » qui agite l’homme depuis qu’il a pris conscience de son existense. La perspective même de trouver ces réponses me fait froid dans le dos…

Vive le vent…

Difficile de louer le vent sans arrière-pensée après les récents drames provoqués par les cyclones Gustave et autres Ike. C’est pourtant ce qu’on aurait tendance à faire quand on observe la croissance des chiffres de la production d’électricité d’origine éolienne. Elle a triplé en quatre ans passant de moins de 400 MW en 2005 à 1200 MW en 2008 (prévisions).

Même si l’énergie produite n’atteint pas encore 1 % de notre consommation, il faut constater que le parc est en progression exponentielle. Car, en Europe, la France a, après le Royaume Uni, le meilleur potentiel à exploiter pour ce type d’énergie. De moins de 100 éoliennes par an entre 2000 et 2003, il s’en est installé près de 400 en 2006, 550 en 2007 et on en prévoit plus de 600 en 2008. Notre pays doit en effet satisfaire aux engagements européens et produire, en 2010, 20 % de son énergie de façon renouvelable.

Faut-il s’en réjouir ? Ceux qui se promènent dans des paysages grandioses et qui découvrent au sommet d’une colline une « forêt » de tripales de couleur blanche qui tranchent sur le paysage font généralement grise mine. Quand elles tournent, on en voit la finalité. Quand les pales pendent lamentablement, le sentiment qui domine est celui d’une grande incompréhension. Qui saura le sentiment qui habitait, jusqu’à une époque récente, le cavalier qui chevauchait dans un joli paysage lorsqu’il découvrait les dizaines de moulins à vent ?

C’est sûrement Chantal Jouanneau, la présidente de l’Ademe (Agence pour le développement et la maîtrise de l’énergie), qui apporte la contribution la plus pertinente à ce débat en soulignant au cours d’une interview parue dans « le Figaro » que le plus grand défi n’est pas la production d’électricité ‘ »verte » mais bien la maîtrise de notre consommation d’énergie. Pour que l’on puisse chanter à nouveau « Vive le vent ». Sans arrière pensée mercantile.

Corps à vendre

On connaît tous le plus vieux métier du monde : vendre son corps. Un métier très bien payé, comme l’avouait, non sans humour un jour une praticienne en reconnaissant « Je suis littéralement assise sur une mine d’or « … Il paraît même que l’existence de la marque prendrait son origine dans cette pratique. Mais c’est une autre histoire.

Si, pendant longtemps, c’est la globalité du corps qui a intéressé les « acheteurs », je devrais dire les « loueurs », on est passé depuis peu à une étape différente : la commercialisation d’un élément du corps. On a beaucoup parlé de ceux qui vendaient un organe comme le rein, ou même qui étaient rémunérés pour un prélèvement sanguin. Aujourd’hui, on aurait tendance à acheter une potentialité avec l’apparition de la rémunération – interdite dans notre pays, mais pour combien de temps ? – des dons d’ovocytes.

Le principe : une femme ménopausée, ou n’ayant plus d’ovulation suite à une maladie, se voit implanter un ovule fécondé – par le sperme de son compagnon mais pas obligatoirement – obtenu après prélèvement sur une donneuse. Et c’est cette phase qui pose problème, la donneuse volontaire devant subir un traitement hormonal pour stimuler les ovaires, des prises de sang, des échographies et enfin une anesthésie pour effectuer la ponction.

Résultat : en 2006, 1100 couples attendaient un don, 228 femmes en ont bénéficié et une centaine d’enfants seulement sont nés.  Il est donc tentant de se rendre à l’étranger – en Espagne notamment – et de régler une somme pouvant aller jusqu’à 5 000 euros qui viendra dédommager la donneuse pour tous ces désagréments.

Je sais bien – pour être un père heureux d’avoir eu les enfants qu’il voulait au moment où il avait choisi d’en avoir – combien peut être fort le désir d’enfant et irrésistible l’appel de la paternité ou de la maternité. Mais est-ce une raison pour tolérer que les règles du marché s’appliquent à ce territoire de l’intime ? J’aimerais que ceux qui lisent cette chronique viennent apporter leur opinion.