Voiture et identité territoriale

Réformer notre vieux pays est un exercice difficile : depuis un an, et malgré toute cette belle énergie dépensée, les exemples abondent de volontés haut et fort affirmées qui ont conduit parfois à des reculs sans gloire.

Une résistance au changement est apparue là où je ne l’attendais pas : sur la modification du système national d’immatriculation des véhicules. On savait que la voiture était un vecteur important d’identité personnelle. Là voilà qui se retrouve sur un autre terrain, celui de l’identité collective. Et non pas régionale comme on pouvait s’y attendre (qui est très forte, les Bretons et autres Basques, sans oublier les Corses, ne manquent pas une occasion de le rappeler) mais départementale, cet échelon administratif que l’on pensait plutôt appelé à disparaître avec l’avènement de l’Europe des régions.

Relayée par leurs représentants, de plus en plus nombreux, la fronde porte sur la suppression du numéro du département, conséquence logique de la volonté du législateur « d’alléger et de simplifier les démarches administratives des usagers lors de l’obtention d’un véhicule » qui passe par l’attribution dès sa première mise en circulation d’une plaque à vie. Les chiffres sont d’éloquents avocats de la réforme : 3 millions de véhicules neufs se voient délivrer une carte grise chaque année et 6 millions de véhicules d’occasion changent se mains. L’occasion d’effectuer un grand ménage : pour environ 40 millions de véhicules en circulation, les fichiers de l’état possèderaient 150 millions de dossiers…

Alors, quelles solutions ? Parmi les départements les plus en pointe, on trouve le 62 (effet « chtis » ?) et le 85 (effet de Villiers ?). Ils sont bravement montés au front, le premier délivrant aux automobilistes des autocollants « le 62, c’est nous », le second adressant un courrier indigné au président de la république lui demandant de « revenir sur cette mesure ».

Résultat : la future plaque devrait conserver un emplacement destiné au numéro du département. L’identifiant local retenu pourrait comporter sur la droite de la plaque « le numéro du département choisi surmonté du logo de la région correspondante ». L’histoire ne dit pas ce qui se passera quand le véhicule changera de département…

Info anti déprime

Passionné de foot au bord de la déprime après la piètre prestation des Français à l’Euro 2008, Européen convaincu effondré après le non des Irlandais, Rurbain sidéré devant le montant atteint par le budget carburant, désespéré du pouvoir d’achat, voici une raison de retrouver le sourire. Elle nous vient – et ce n’est pas une blague – des Etats-Unis.

La ceinture est bien attachée ? Un cabinet américain basé à Baltimore, « International Living », vient de publier le palmarès mondial de l’indice « qualité de la vie ». Et, cocorico, notre douce France se trouve au premier rang sur 192 pays classés selon 9 critères affectés d’un coefficient : coût de la vie, culture et loisirs, économie, environnement, libertés publiques, santé, infrastructures, sécurité et risque, climat. Notre pays obtient une moyenne de 85 sur 100 alors que la Suisse (et pourtant !) nous talonne avec 84, les Etats-Unis suivant derrière avec 83. Elle est pas belle la vie ?

Un coup d’œil dans le fond du classement ? Les pays qui obtiennent un score entre 29 et 39 se trouvent quasiment tous en Afrique centrale et équatoriale, et celui qui occupe la dernière place du classement est l’Irak…

Tous propriétaires (1) ?

La crise des subprimes a mis en lumière les difficultés de l’accession à la propriété que rencontrent les Etats-Uniens. Et jeté le doute sur la situation réelle de l’immobilier dans notre pays. De récentes études sont venues éclairer la situation de ce secteur vital pour notre économie. Car, en marge des formules comme « Quand le bâtiment va tout va » dont je ne sais ni qui l’a prononcée ni à quoi elle se réfère, il faut souligner que notre croissance lui doit beaucoup : la moitié lui est imputable en 2005 -2006. Et 4 millions d’emplois en dépendent directement ou indirectement.

Quand on parle de logement on aborde généralement trois thèmes : la pénurie de biens due à la faiblesse des mises en chantier, le niveau des prix qui n’en finit plus de monter et les difficultés du crédit (ah, la frilosité des banques !). La pénurie de logements est réelle et elle pèse sur les prix. Mais elle est inégalement répartie sur notre territoire et le niveau actuel des mises en chantier des logements neufs – qui n’a jamais été aussi haut avec 436 000 en 2007 – ne suffira effectivement pas à répondre à la demande à moyen terme. Il faut dire que la quantité de divorces et l’augmentation du nombre de célibataires exercent une pression très forte sur la demande…

Le deuxième sujet de débat est le niveau des prix. Pour mieux comprendre, il est intéressant d’utiliser un ratio simple et réaliste. Entre 1965 et 2001, les prix ont toujours été voisins de 2,5 années de revenu par ménage. Depuis, ils ont tendance à représenter quatre années de revenu… Cette hausse s’explique par une tension sur la demande (la fameuse loi de l’offre et de la demande) mais aussi par le niveau exceptionnellement bas des taux d’intérêt. Ces derniers atteignaient 11,5 % en 1996, ils sont descendus à 4,5 % en 2005. Parallèlement, les durées de remboursement ont explosé : les deux tiers des crédits accordés ont jouxté ou dépassé vingt ans en 2006 alors qu’ils n’en représentaient pas le quart en 2000.

Alors heureux les propriétaires en France ? Nous aborderons ce thème dans une prochaine chronique.

Le blues des belles-mères

La multiplication de familles recomposées produit un dommage collatéral là où on s’y attendait pas forcément : le statut et le moral des belles -mères. Le premier est difficile à institutionnaliser, le second est au plus bas. Et ce n’est pas anodin : plus de 500 000 femmes élèveraient aujourd’hui des enfants qui ne sont pas les leurs.

Il faut dire que la littérature ne les a pas vraiment aidées. Chacun se souvient en effet par exemple de la belle-mère de Blanche-Neige, dépeinte comme une véritable marâtre.

Entre être la nouvelle compagne du père, la mère de substitution, voire une copine si la différence d’âge est plus faible, pas facile de trouver une place aux côtés de la mère biologique parfois bienveillante, le plus souvent ennemie jurée. D’autant plus que les pères ont également bien du mal à intervenir dans la relation, préférant quand les choses s’enveniment laisser le mauvais rôle à leur compagne.

Qui un jour pourra mettre en musique la complainte des belles-mères ?

Les filles sur le podium

La différence entre les hommes et les femmes – eh oui, ce n’est pas faire preuve de sexisme que de dire qu’il y en a une – n’en finit pas d’alimenter les conversations (voire les ragots…) de notre quotidien. Même si des représentantes du sexe dit faible ont fait la preuve de leur valeur et, depuis peu il est vrai à l’échelle de l’humanité, conquis un à un les bastions que l’on a crus pendant trop longtemps réservés aux hommes, leur position relative par rapport à celle du sexe dit fort est loin d’être acquise.

Je me souviens ainsi avec émotion de Anne Chopinet, parmi les 7 premières femmes à intégrer Polytechnique, entrée qui plus est major de sa promotion (un évènement presque planétaire), de la première Française à piloter un avion de chasse (le Figaro vient de le rappeler dans sa rubrique photo souvenir), de la première cosmonaute (ah que n’a-t-on jasé sur les relations sexuelles dans l’espace !). Si les femmes ont tant progressé, c’est qu’on leur a ouvert les portes des écoles et qu’on leur a permis d’accéder à la connaissance. Et c’est là qu’elles ont prouvé que les filles ont de bien meilleurs résultats scolaires que les garçons.

Forcément l’anatomie…

Comment peut-on expliquer cette différence de performances entres les deux sexes ? Les neurologues (toujours des hommes…) ont tenté de trouver son origine dans la composition ou même la taille des cerveaux. Ainsi, l’aptitude au langage, qui serait une des caractéristiques de la femme, a un temps été imputée au fait que celles-ci mobilisaient leurs deux hémisphères cérébraux alors que les hommes peinaient à n’en utiliser qu’un seul. La neurobiologiste Catherine Vidal, dans un ouvrage concis et pertinent (Hommes, femmes, avons-nous le même cerveau ? éditions Le pommier) taille en pièces toutes ces théories affirmant que le balancier est au point mort : les capacités cérébrales ne seraient pas en cause.

Les sociologues se sont pliés au même exercice. Ils ont constaté que les filles adhéraient à des formes de socialisation qui leur donnaient une longueur d’avance à l’école alors que, dans le même temps, certains comportements belliqueux des garçons leur procuraient un déficit concurrentiel. Par ailleurs, les filles seraient conscientes très tôt que leur émancipation et leur liberté de choix passent par leur réussite scolaire, ce qui influe positivement sur leur comportement par rapport à l’institution scolaire.

Les choses ne sont pas gagnées pour autant. On n’a jamais vu, à ma connaissance, souligner dans un portrait consacré à un grand patron ses qualités plastiques ni son charme naturel. Ce que le portrait que le Monde a consacré récemment à Patricia Barbizet, présidente du conseil de surveillance du groupe PPR, mettait rapidement en avant en saluant son entrée dans le conseil d’administration de Total. Pour appuyer son propos, le rédacteur les mettait dans la bouche de Christophe de Margerie, le PDG. Pour faire meilleur poids sans doute…

Quand les extrêmes se rejoignent…

Qui l’eût crû ? Les grandes barres des années 60 qui hérissent l’Est parisien ont quelque chose en commun avec les magnifiques immeubles hausmanniens du XVIe arrondissement de notre belle capitale. Mais l’un comme l’autre n’ont pas de quoi en être fiers. Selon le rapport que l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) a consacré à l’habitat et à la question climatique, ce sont les deux types d’immeubles dont le chauffage produit le plus d’émissions de carbone. Et qui contribuent donc le plus au réchauffement climatique. Résultat : sur une carte de Paris, c’est bien la seule fois que j’ai vu le XVIe arrondissement arborer la couleur rouge…

Plus sérieusement, les raisons en sont différentes. Et les remèdes pour qui souhaiterait réduire l’impact des émissions de gaz à effet de serre (GES) ne sont évidents ni dans un cas ni dans l’autre. Les grandes barres des années 60 largement ouvertes sur l’extérieur avec des grandes baies équipées de simple vitrage sont très mal isolées, le problème de l’énergie et de son impact sur l’environnement n’étant pas encore pris en compte dans les années où ils sont sortis de terre. Quant aux immeubles hausmanniens, toujours selon le rapport de l’Apur, ils ont été conçus avec des chauffages collectifs équipés de chaudières au charbon. Ces dernières ont depuis été remplacées par des brûleurs au fioul, de loin l’énergie la plus émettrice de GES.

Alors, que faire ? D’abord mettre en place des compteurs individuels dans les immeuble équipés de systèmes de chauffage collectif. Cette installation a en effet, même dans le XVIe, un résultat immédiat sur la consommation… Et brancher, quand c’est possible, ces installations sur le chauffage urbain (CPCU) qui produit de la chaleur en incinérant les monceaux d’ordures ménagères collectées chaque jour dans Paris. Pas facile, même quand le réseau ne passe qu’à une centaine de mètres de chez soi. Nous avons eu l’occasion, dans notre propre copropriété – même si elle n’est pas située dans le XVIe – de faire chiffrer l’extension. Avec la meilleure volonté du monde, l’ensemble des copropriétaires a reculé devant l’énormité de la dépense. Qui est sans conteste un des facteurs limitants de la citoyenneté