Nous comptons parmi nos politiques de vrais spécialistes des écrans de fumée. Pratique quand on veut masquer un problème ou brouiller le regard de ses contemporains (la fumée, ça pique les yeux ). L’exemple le plus prestigieux est celui de notre président de la République lui-même. Faite au soir d’une forte mobilisation contestataire, l’annonce de la mise en place d’un service d’accueil obligatoire dans les écoles en cas de grève des enseignants – et je ne juge pas ici de la pertinence de la mesure – a occulté dans tous les médias l’ampleur de la mobilisation. « Fort, très fort, » comme diraient les « Têtes à claques ».
Quand il compare deux chariots remplis avec des produits identiques dans une grande surface française et allemande, Luc Chatel, notre secrétaire d’État à la Consommation, ne fait pas autre chose. Accompagné d’une foule de journalistes et de cameramen, il est allé acheter les mêmes produits dans un hypermarché Auchan de Strasbourg et dans un supermarché Kaufland de la ville allemande de Kehl. Le constat est sans appel : les montants des additions réglées rive gauche et rive droite du Rhin accusent une différence de 14 %. Au profit du supermarché allemand. Et zoom sur une consommatrice française qui remplit sans états d’âme son coffre de voiture en déclarant que les limites de sa conscience citoyenne sont celles de son porte-monnaie.
La puissance des lobbys
Si le constat est sans appel, les conclusions le sont moins qui mettent en cause la densité des grandes surfaces en France alors qu’aucune information ne filtre sur la situation allemande (on ne cite que de la part de marché des magasins à bas prix, dont les grandes enseignes implantées en France – Lidl et Aldi – sont d’origine allemande). Au-delà du Rhin, la densité commerciale est-elle plus élevée qu’ici ? Les négociations commerciales revêtent-elles là-bas les mêmes formes conflictuelles ? Le pouvoir d’achat d’une famille allemande est-il comparable à celle qui prévaut ici ? Quel est le poids des produits choisis dans la consommation des deux familles ? Toutes ces questions, et d’autres qui assoiraient la pertinence de la démarche, resteront sans réponses.
Et pourtant, elles pourraient nourrir le débat de nos représentants qui vont devoir voter la semaine prochaine la loi de modernisation économique. Une des mesures contenues dans ce texte prévoit, pour favoriser la concurrence qu’on veut croire bénéfique car porteuse de baisses de prix, d’étendre la liberté d’implanter des magasins de la limite actuelle de 300 m2 à 1 000 m2. Aveuglés par l’écran de fumée, les parlementaires risquent probablement de voter en prenant en considération l’impact que cette loi pourrait avoir sur leur électorat plus que celui qu’elle aurait effectivement sur le pouvoir d’achat de l’ensemble de la population.





