Vers plus d’équité dans les copropriétés

Le parc des résidences principales placées sous le régime de la copropriété ne cesse de progresser en France. Et ce n’est pas fini. Car, compte tenu de la bonne tenue de notre natalité (la meilleure de toute l’Europe avec l’Irlande), de l’augmentation de l’espérance de vie et de l’explosion des familles monoparentales, le besoin en logements ne cesse de progresser.

Les habitats collectifs sont la meilleure réponse à ce besoin difficile à satisfaire en habitat individuel ne serait-ce que parce qu’il demande de mobiliser davantage de foncier et que son emprise sur les terres agricoles est dommageable pour ce secteur qui représente une part majeure de nos exportations.

En 2007, on dénombrait 565 000 immeubles en copropriété qui représentaient 6,2 millions de logements. 67 % d’entre eux se situent dans ce que les urbanistes appellent des communes centres, l’agglomération parisienne et les villes de plus de 100 000 habitants comptant 82 % des logements collectifs en copropriété.

 

Après près d’un demi-siècle d’existence, la loi de 1965 sur les copropriétés aurait besoin d’une évolution majeure. Si les différents toilettages qui ont été opérés, y compris par la loi SRU, l’ont remise à niveau, beaucoup ressentent le besoin d’une refonte complète.

 

 

Leur fonctionnement est régi par la loi du 10 juillet 1965, remaniée à plusieurs reprises, notamment pour tenir compte de l’évolution de la taille des copropriétés – certaines regroupant plusieurs centaines de lots – et alléger les règles de prises de décisions, sources potentielles de blocages.

De nombreux propriétaires d’immeubles en copropriété, construits dans les années 1960-1970, se trouvent aujourd’hui dans la nécessité d’entreprendre des travaux pour assurer la préservation des bâtiments, mais aussi pour limiter l’impact de l’augmentation continue des prix de l’énergie. En premier lieu, la mise en conformité des ascenseurs – avant le 1er juillet 2013 – et la diminution de la teneur maximale tolérée de plomb dans l’eau du robinet – avant 2014 – les obligent à investir souvent massivement.

Cette mobilisation importante de liquidités risque de mettre à mal les finances des copropriétaires qui se saignent déjà pour assurer les remboursements des emprunts qu’ils ont souscrits pour opérer leur acquisition. Surtout celles des acquéreurs récents, qui se trouvent confrontés à ces travaux lourds sans les avoir anticipés.

Lors d’un récent colloque*, l’Association des responsables de copropriétés a invité des représentants québécois à faire part de leur expérience dans la tenue d’un compte travaux. La loi leur fait en effet obligation de consacrer chaque année un pourcentage de leur budget annuel aux futurs entretiens lourds des immeubles. Après avoir fait approuvé par les copropriétaires un plan pluriannuel.

Ces fonds – placés au bénéfice du syndicat sur un compte rémunéré non récupérable lors de la vente – constituent la garantie pour les acquéreurs de ne pas acheter au mauvais moment avec l’obligation d’assumer une cascade de travaux urgents.

Ce serait aussi une façon de lisser les appels de fonds sur l’ensemble de la vie du copropriétaire et donc d’introduire davantage d’équité entre les propriétaires successifs.
* www.lacoproprietedans25ans.fr.

Mieux aider les accrocs au tabac

Au même titre que l’obésité ou l’alcoolisme, le tabagisme est un sujet préoccupant de santé publique.

Pour ralentir la progression de l’obésité, qui commence a prendre des proportions inquiétantes dans notre pays, le législateur a engagé des actions d’information qui contraignent les fabricants à attirer l’attention du public sur les conséquences d’un abus de produits trop riches en sucres et en graisses.

L’alcoolisme est dans le collimateur du ministère de la Santé depuis des décennies et le message “A consommer avec modération” a cessé de faire sourire.

 

En vingt ans, les photos et les messages alarmants inscrits sur les paquets n’ont pas dissuadé tous les fumeurs. Et les hausses de prix ont davantage pénalisé les petits budgets et accru la contrebande de tabac.

 

N’en déplaise à tous ceux qui déclarent qu’il faut bien mourir de quelque chose, les 73 000 décès attribués chaque année en France à l’addiction au tabac interpellent la puissance publique.

Depuis vingt ans et les premières lois Evin, différentes mesures législatives ont mené la vie dure aux fumeurs, leur interdisant progressivement l’usage du tabac dans certains espaces ouverts au public (établissements scolaires, entreprises, administrations, restaurants, bars, discothèques…) pour protéger les non fumeurs du tabagisme passif.

Les mesures se sont succédé qui ont porté sur le prix des cigarettes – l’augmentation du 1er octobre ne sera sûrement pas la dernière, le projet de budget pour 2013 prévoit déjà de nouvelles augmentations – sur l’obligation d’apposer sur les paquets des mentions dramatiques et d’y imprimer des photos effrayantes montrant des organes atteints par le tabac.

Et il semble que, dernière tendance en date, on réfléchisse à des paquets de cigarettes sans marque. Pour tenter de limiter l’impact psychologique surtout chez les jeunes fumeurs qui s’adonnent au tabac pour acquérir un statut social.

Avec une diminution de la consommation estimée à un tiers en vingt ans, les résultats de cette politique ne sont pas négligeables. Même si elle a produit des effets pervers : explosion des trafics transfrontaliers (les pays limitrophes proposant les mêmes cigarettes à des prix inférieurs) et des vols de tabac destinés à alimenter la vente sous le manteau.

Il faudrait peut-être aujourd’hui « changer de braquet », comme disent les cyclistes, et aller au-delà de la nécessaire action sur le packaging et le prix. En considérant la consommation de tabac comme une addiction et en la traitant comme telle. Avec tout l’accompagnement médico-psychologique indispensable.

Et les enfants dans tout ça ?

La 31proposition du candidat Hollande : « J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels » a rapidement trouvé une traduction concrète dans la présentation du projet de loi préparé conjointement par la ministre de la Justice et celle chargée de la Famille.

Un projet de loi qui tarde à être présenté au Conseil des ministres tant les urgences que constituent l’adoption du projet de loi de finances pour 2013 et le projet de loi sur le financement de la Sécurité sociale mobilisent les énergies. On parle aujourd’hui d’un débat au parlement durant le premier trimestre de 2013.

Les médias ont rapidement trouvé une formule qui a fait florès : « Le mariage civil pour tous », une formule qui a le mérite de la simplicité et de la clarté mais qui a, sans surprise, provoqué quantité de réactions et des levées de boucliers.

Les plus anciens d’entre nous se seraient même cru revenus dix ans en arrière et aux débats sur le Pacs. Avec des interventions fleuve à l’Assemblée nationale, comme celle de Christine Boutin, dont la longueur restera probablement dans les annales et qui n’a – sauf erreur de ma part – jamais été égalée depuis…

 

Élargir le mariage civil aux homosexuels n’est pas uniquement une question de société. Cela pose aussi la question de la définition légale du parent et de sa traduction dans les textes de loi.

 

Sauf que les postures ne sont pas uniquement idéologiques. Il me semble que, plus que la question du mariage homosexuel, c’est celle de la place et du bonheur des enfants dans les familles homoparentales qui se pose et, au-delà, celles de l’autorisation de la procréation médicalement assistée (deux mères) et de l’adoption ou de la gestation pour autrui (deux pères).

Sur ces deux derniers sujets, les partisans de la loi mettent en avant les décisions plus libérales prises dans une demi-douzaine de pays européens proches du nôtre.

En revanche, une partie de ceux qui doutent le font au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant. Ils estiment en effet qu’il est difficile, faute d’un recul suffisant, de déterminer s’il existe des différences entre les enfants élevés dans des familles homoparentales et les autres.

Comme bien souvent dans ce genre de question, les pédopsychiatres et psychanalystes sont appelés en renfort pour délivrer leurs oracles. Le problème c’est qu’ils sont eux-même divisés sur le fait de savoir si un enfant peut se développer normalement avec deux pères ou deux mères.

Les opposants au projet affirment qu’il faut de la différence sexuelle. Les partisans soulignent que « ce qui est important pour l’enfant c’est de savoir biologiquement d’où il vient et qui a des droits sur lui », l’identification au masculin et au féminin pouvant se faire avec d’autres personnes que les parents.

Il reste à souhaiter que les échanges – pour partisans qu’ils soient – qui auront lieu pendant le débat public permettent à nos représentants d’avoir les idées claires et de prendre leur décision en leur âme et conscience loin des postures idéologiques quelles qu’elles soient.

Le Médiateur de la SNCF remet le service commercial sur les rails

Ce qui aurait dû être une histoire simple de retard indemnisé a pris des proportions inimaginables. Et surtout a connu une fin heureuse. Reste une interrogation : pourquoi faut-il saisir le médiateur pour obtenir ce que contractuellement le service commercial doit aux clients ?

On ne parle jamais des trains qui arrivent à l’heure, c’est bien connu. Sauf que tous les passagers de la SNCF vous diront qu’un jour ou l’autre, le train dans lequel ils ont pris place est arrivé avec quelque retard. Quand celui-ci ne dépasse pas une dizaine de minutes, ce n’est pas un problème. Surtout lorsque les correspondances sont assurées.

Mais, dans l’histoire que je vais vous raconter, nous sommes largement au-delà de cette tolérance « normale ».

Nos deux voyageurs se présentent à la gare d’Austerlitz, à Paris le samedi 23 juin 2012 (car le train de nuit ne circule pas le vendredi soir…) dans l’espoir de profiter de leur couchette jusqu’en gare de Luchon et de passer une bonne nuit avant de commencer une randonnée en montagne de dix jours sur le GR10 qui traverse les Pyrénées d’Est en Ouest.

Première (mauvaise) surprise à leur arrivée en gare : le train qu’ils devaient prendre est supprimé et la SNCF leur propose d’embarquer une heure plus tard dans un train pour Toulouse. La fin du trajet s’effectuant à bord d’un TER. Retard probable à Luchon : 1 heure.

La cohue qui préside à l’attribution des couchettes dans ce second train ne décourage pas nos voyageurs qui estiment, à juste raison, qu’ils ne vont pas s’énerver alors qu’une semaine de vacances s’ouvre devant eux.

 

Fort de son bon droit, le voyageur doit faire preuve d’une grande obstination s’il veut obtenir simplement que la SNCF tienne les engagements qu’elle a pris en cas d’un retard qui lui est imputable. Volonté délibérée de décourager les demandes de remboursements ?

 

Les choses commencent à se gâter sérieusement lorsque la motrice tombe en panne au milieu de la nuit et au milieu de nulle part et qu’ils s’aperçoivent qu’à l’heure où ils auraient dû être en gare de Toulouse, le train est toujours bloqué en gare de … Brive-la-Gaillarde. Estimation du retard à Luchon : 3 heures. Mais « la SNCF va mettre tout en œuvre pour vous conduire en gare de Luchon dans les meilleurs délais », nous assure le contrôleur. Estimation de temps d’arrivée (ETA comme disent les navigateurs) midi. Avec un premier TER en gare de Toulouse puis un bus pour terminer le trajet. Pour nous faire patienter, une boîte contenant un vrai petit déjeuner nous est remise vers 9h30.

Le contrôleur assure les voyageurs que la garantie Ponctualité fonctionnera et qu’ils vont pouvoir en bénéficier, même s’il ne peut leur remettre les enveloppes destinées à cet effet. « Vous n’aurez qu’à demander un formulaire à votre gare d’arrivée », nous conseille-t-il. Ce qui fut fait et, dès leur retour sur Paris, le billet et le formulaire prennent place dans une enveloppe destinée au service compétent.

Deux semaines plus tard, la réponse du service commercial fait l’effet d’une douche froide. En substance, elle explique, très courtoisement, que la SNCF a tout mis en œuvre pour conduire les passagers à destination dans les meilleures conditions de confort et de sécurité, qu’un panier repas leur a été remis et qu’ils ont bénéficié de la garantie assistance et donc que la garantie « ponctualité » – celle qui prévoit un remboursement de 70 % du prix du billet si le retard excède 3 heures – ne s’applique donc pas. La lettre stipule également qu’en cas de désaccord il est toujours possible de joindre le service commercial.

Votre serviteur estimant que la garantie assistance ne se substitue pas à la garantie ponctualité attrape son téléphone et… au bout de plusieurs appels n’ayant pas abouti, car « tous vos correspondants sont occupés, veuillez rappeler ultérieurement », décide de saisir le médiateur de la SNCF.

L’opération se fait par Internet. Le formulaire est rempli, la lettre signée par le service commercial est scannée et envoyée en pièce jointe. Fort civilement, le Médiateur accuse réception et promet une réponse dans les trois mois. Délai qui se raccourcit sensiblement car un courrier me parvient par mail le 11 octobre, m’avertissant que j’entre bien dans le cadre de la garantie « ponctualité » et qu’à ce titre, je vais recevoir une compensation de 70 % du prix du billet par virement bancaire dans les trente jours.

Une issue heureuse mais qui a demandé une telle débauche d’énergie que je doute que nombre de mes coreligionnaires ont eu l’obstination et la patience d’aller jusqu’au bout de la procédure. C’est à se demander si on n’est pas en présence d’une volonté délibérée du service commercial de la SNCF de dissuader les clients déçus de ne pas réclamer de remboursement ?

 

 

“Il a compris le mot Tour Eiffel”

L’interprète traduit pour Cissé les questions du juge en Wolof, un dialecte sénégalais :

- Acceptez-vous d’être jugé aujourd’hui ?
- Aujourd’hui, répond l’interprète.
- Avez-vous compris ce qu’a expliqué Mme la procureure ce matin ?
- Rien.
- Vous vous souvenez que je vous ai dit que vendre des tours Eiffel est interdit ? Et moi je ne parle pas le Wolof.
- Oui, il a compris le mot tour Eiffel.

Des tours Eiffel, Cissé en portait sous son manteau deux grandes, deux moyennes, trois petites et aussi 114 porte-clefs. Il tentait de les vendre à la sauvette place du Carrousel du Louvre quand il s’est fait prendre par la police.

En récidive ! tonne le juge par quatre fois. Et en séjour irrégulier. Les deux infractions, en récidive !

Au moins Cissé n’a pas volé. Même la procureure le souligne :

Il ne faut pas vendre des tours Eiffel. Mais en même temps, on s’aperçoit que ce n’est pas un délinquant. Il fait ce qu’il faut pour survivre.

Elle demande 6 jours d’amende à 5 euros. Cissé veut rentrer en Italie où il mène des démarches pour renouveler son titre de séjour. Pourquoi est-il revenu en France malgré la récidive ?

En Italie, il y a le chômage. Avec le changement de gouvernement [en France], on m’a dit que je pouvais revenir” avait-il expliqué benoitement aux policiers.

Pour lui, le tribunal se montre clément : 98 € pour frais de procédure – avec une remise de 20 % s’il paie tout de suite – et, surtout, pas d’exécution provisoire. Il sort libre du tribunal.

Immobilier : le devoir d’agir !

Devenir propriétaire de sa résidence principale – et pourquoi pas acquérir une résidence secondaire – est une aspiration légitime, la résidence principale car elle permet à l’acquéreur de poursuivre le triple but de se constituer un lieu de vie à soi, de sécuriser sa retraite et de transmettre un patrimoine, la secondaire car, dans une société où plus de 80  %  de la population va bientôt habiter en ville, un ancrage à la campagne permet de retrouver ses racines et de revitaliser les territoires ruraux.

La marge de progression est forte : avec un peu moins de 60 % des Français propriétaires de leur logement, notre pays se situe loin du peloton de tête des pays de l’Union européenne, l’Europe du Nord étant une société de locataires alors que majoritairement l’Europe du Sud est une société de propriétaires.

 

Plusieurs facteurs attisent l’inquiétude sur un marché immobilier durement secoué par la crise. Le prix moyen au mètre carré qui a atteint des sommets surtout là où la pression de la demande est la plus forte, le nécessaire apport personnel qui s’élève souvent à 20 % du prix total d’acquisition, et la réticence des banques de prêter sur une période de plus de vingt ans ce qui alourdit les mensualités.

 

Il faut dire que l’équation est complexe : sous la double pression de la hausse de la population et du nombre croissant de personnes seules (le nombre de ménages progresse de 1 % environ chaque année dans notre pays), la solution passe par la construction massive de logements, une opération devenue très complexe en raison, en particulier dans les centres urbains, des contraintes du foncier et, en tous lieux, des préoccupations environnementales.

Par ailleurs, la violence de la crise n’incite pas à s’endetter sur du très long terme, alors que le faible niveau des taux d’intérêt (3,70 % environ hors assurance) serait plutôt un facteur positif pour les candidats à l’accession.

Les chiffres sont éclairants : entre février et avril, les mises en chantier de logements ont reculé de 22,5 % et de 18,7 % entre mars et mai. Parallèlement,toujours dans le neuf, les délais de commercialisation s’allongent et les ventes chutent : -14 % pour les appartements au deuxième trimestre en glissement annuel et -18  % pour les maisons individuelles selon les chiffres du ministère du Logement.

Compte tenu du niveau des prix atteint actuellement dans les grandes villes, les primo accédants sont les plus touchés alors que le marché locatif est lui aussi dans la tourmente.

A tel point que l’on n’hésite plus à dire que la crise du logement atteint aujourd’hui un nouveau paroxysme. Le droit au logement est un objectif à valeur constitutionnelle. Le gouvernement peut-il s’exonérer plus longtemps d’y apporter une réponse globale ?

Automobile : la fin du rêve ?

Le Mondial de l’Automobile, qui se tiendra à partir du 29 septembre Porte de Versailles à Paris, sera l’occasion pour les constructeurs de présenter au public – ce qui ne se produit qu’une fois tous les deux ans – leurs modèles les plus prestigieux dans un cadre flatteur. Et d’écrire le futur de ce mode de transport qui a su, en moins de cent ans, devenir incontournable pour le déplacement des Français.

Mais le rêve automobile est-il toujours présent dans la tête des milliers de visiteurs qui vont arpenter les allées du salon et s’asseoir au volant de modèles aux chromes brillants, aux peintures rutilantes et aux armées de chevaux comprimés sous le capot ?

 

La plupart des visiteurs du Mondial de l’Automobile savent pertinemment qu’il y a loin du rêve à la réalité. Ils profitent de leur présence au salon pour admirer les modèles haut de gamme, puis, dans le meilleur des cas, vont signer un bon de commande pour un modèle qui ne grèvera pas leurs possibilités financières.

 

Car il y a un hiatus entre les modèles les plus courtisés au Mondial et les voitures les plus commandées par le public. Il semble que, sous la pression de la crise économique et compte tenu du prix du carburant – auxquels s’ajoutent les limitations de vitesse -, s’opère aujourd’hui une remise en cause de l’imaginaire lié à l’automobile. Et de sa place dans notre société.

Pour s’en convaincre, il suffit d’observer le succès croissant du co-voiturage et l’engouement pour les modèles hybrides dans le choix desquels la part de rêve n’est pas forcément dominante. Sans compter l’émergence, dans les métropoles, de systèmes de location de courte durée, voire d’utilisations à la journée, voire même la possibilité offerte à certains particuliers de devenir occasionnellement loueurs de leur propre véhicule dans le but d’amortir les charges.

Pas étonnant aussi que l’on ait mis en place des formules de location de voitures électriques (l’Autolib à Paris) en pariant sur le fait que la durée d’utilisation serait inférieure à la nécessaire durée de recharge.

Les constructeurs ont bien compris le virage psychologique qui s’est opéré dans l’esprit de leurs acheteurs potentiels contraints par une contraction de leur pouvoir d’achat et qui sont enclins à différer le renouvellement de leur véhicule. Ils mettent en avant - et c’est une des fiertés de nos champions hexagonaux - la faible consommation de leurs modèles récents et les progrès réalisés pour en minimiser l’impact sur l’environnement.

Les recherches faites en faveur de la propulsion électrique vont, elles aussi, dans ce sens, même si le marché peine à décoller, les contraintes étant encore fortes pour les utilisations moyennes actuelles.

A l’aube du XXIe siècle, l’avenir de l’automobile est, plus que jamais, à inventer.

“Ici, on a l’habitude des femmes qui tombent dans les escaliers”

Comparutions immédiates

Il l’a menacée d’un couteau dans la gorge si jamais elle s’avisait de divorcer.

Ce témoignage de la concierge aggravera un peu plus le cas d’Hajaf.  Pas beaucoup plus : tout l’accable déjà dans cette procédure qui le vise pour violences et harcèlement envers Samira, sa femme.
Lui, trapu, debout dans le box, reste tendu vers les juges. Il les fixe pour être sûr de bien comprendre. Assise à quelques pas, elle se tait. Les autres parlent pour elle.

La police

Les policiers interviennent un jour de juillet sur un différend conjugal. La femme se plaint alors d’être battue, harcelée. Elle avait fui le domicile conjugal pour s’installer à Paris.

Elle avait déjà déposé plainte le 5 juin pour menace de mort : devant les enfants, il promettait de “foutre le feu”. Les jours suivants, il la frappe d’un revers de main, d’un coup de chaussure. Le 16, il revient la chercher, elle se réfugie dans la loge de la concierge. Plus tard, il la suit au travail et, ne la trouvant pas, s’en prend aux enfants. Sur le corps du garçon de 6 ans, on constate un hématome de 10 cm de long, 2 de large. Une autre procédure est en cours devant le tribunal pour enfants.

La présidente égraine la liste des interruptions temporaires de travail (ITT) accordés à Samira pour blessures : 8 jours en 2005, 4 jours en 2008, 4 jours en 2009… “Ça a commencé à la naissance de ma fille, en 2000″ se rappelle-t-elle devant les policiers.

L’expert

“Un des meilleurs experts de la cour ! J’ai déjà eu l’occasion de travailler avec lui…”  certifie bien la présidente avant de lire le rapport du psychiatre. Il décrit un homme d’un “niveau intellectuel supérieur, en dépit d’une faible instruction. Pas de schizophrénie, aucune forme de pathologie”. Les conclusions ne laissent pas d’alternative : la dangerosité du sujet “n’est pas atteignable par des soins psychiatriques mais nécessite des mesures de protection”.

Hajaf et la présidente

- Madame, je dis la vérité toute entière, je jure.
- Vous n’avez pas à jurer. Ici, vous êtes la seule personne qui ait le droit de mentir.
- D’accord. Le 22 juin, je suis allé voir les enfants (…) Je l’ai appelée, elle m’a demandé de venir manger avec elle. Puis elle n’a plus répondu. Je suis allé l’attendre au travail.
- Expliquez-vous sur les faits de violence : elle avait la lèvre inférieure éclatée.
- Elle s’est blessée en passagère de la voiture. J’ai freiné trop brusquement.
- Ici on a l’habitude des femmes qui tombent dans les escaliers. Vous, c’est la voiture. Donc vous niez les faits ?
- Je n’ai pas de problème avec elle.
- Pas de problème ?
- J’ai déposé plainte au commissariat d’Annemasse.
- Oui, à chaque fois vous prétendez qu’elle est responsable, qu’elle a des troubles comportementaux. Vous évoquez des fugues…

L’avocate

Il ne s’agit pas de plaider que c’est un homme courtois, sympathique, reconnaît l’avocate d’Hajaf. Il est jaloux, agressif (…) Le sursis aurait beaucoup plus d’impact et de sens pour lui. S’il reste en détention, il ne comprendra pas, il continuera à vouloir entrer en contact. Tandis que s’il retourne à Annemasse, il retournera à son projet de création d’entreprise et, on l’espère, laissera Madame tranquille…

Le délibéré est plus lourd que les demandes du procureur. Hajaf reste en prison, 18 mois fermes, plus 6 mois avec sursis et mise à l’épreuve : il lui sera interdit de revenir à Paris et d’entrer en contact avec la victime. L’avocate de Samira avait prédit :

Il va l’attendre et il n’y aura peut-être pas la concierge dans le hall pour la protéger…

Soigner mieux en… dépensant moins

Parmi les événements qui ont marqué l’été 2012, il en est un qui est passé relativement inaperçu entre l’arrivée du Tour de France cycliste et l’inauguration des Jeux Olympiques de Londres : la publication d’un rapport conjoint de l’Inspection générale des Finances et de l’Inspection générale des Affaires sociales sur l’équilibre du modèle de santé français.

 

La France est le troisième pays de l’OCDE qui consacre le plus de dépenses à la santé. Les dépenses globales liées à la santé atteignent plus de 220 milliards d’euros par an.

 

Et pourtant, l’enjeu est de taille car les dépenses de santé engouffrent chaque année dans notre pays plus de 10 % des richesses produites (11,8 % du PIB en 2011). Et leur poids ne cesse de s’alourdir sous le double effet d’une sophistication sans cesse croissante des traitements et du vieillissement de la population qui entraîne une consommation accrue de soins.

En maîtriser la progression - sans baisser la qualité des soins ni demander davantage d’efforts aux Français - a souvent été qualifié par le passé de mission impossible. Et la résolution de cette équation a été assimilée à celle de la quadrature du cercle.

On a donc jusqu’à présent fait un peu des deux : les bien-portants et les malades ont été mis à contribution – d’où la généralisation des complémentaires santé que l’on parle aujourd’hui de rendre obligatoires…- et des réformes structurelles ont été entreprises. Il en a été ainsi du redéploiement de l’offre de soins, avec les fermetures d’hôpitaux, voire de maternités dont la taille ne permettait pas d’assurer la permanence des soins. Ces tentatives n’ont pas toutes abouti tant elles ont souvent fait grincer bien des dents : le centre de santé étant souvent – avec la municipalité – le premier employeur de la commune.

Dans cette perspective, le rapport a le mérite de tracer quelques pistes pour rendre le système plus efficient. Soigner mieux en dépensant moins en quelque sorte.

Parmi les mesures préconisées, il s’agit de recentrer l’hôpital sur son cœur de métier en désengorgeant les urgences et en développant la chirurgie ambulatoire, d’accentuer la priorité sur les médicaments génériques, de limiter la surconsommation persistante des médicaments (+ 40 % par rapport à certains pays voisins), etc.

Reste à souhaiter que ce devoir de vacances passe le cap de la rentrée.

La voiture, c’est pas la santé

La déferlante de réactions à la prise de position du Centre international de recherche sur le cancer (Circ), l’agence pour le cancer de l’Organisation mondiale de la santé, sur les conséquences mesurées des émissions des moteurs Diesel est vraiment surprenante. Et emblématique d’une tendance française à brûler ce qu’on a adoré.

De quoi s’agit-il au juste ? Des études récentes ont confirmé que les particules fines contenues dans les gaz d’échappement des moteurs Diesel favoriseraient l’apparition de cancers (du poumon, mais pas seulement) et seraient directement responsables de plus de 40 000 décès chaque année dans notre pays.

Le Circ a donc classé ces particules parmi les « cancérogènes certains » alors qu’elles avaient été jugées « potentiellement cancérogènes » il y a déjà quinze ans. Dans la même période, et malgré ces suspicions, la grande majorité du parc automobile français basculait vers le diesel (la part du parc automobile qui utilise ce type de carburant est passée de 25 à plus de 60 % pendant la période ; et cette proportion a augmenté au fil du temps portée par l’élargissement des gammes des constructeurs qui, dans notre pays, en ont fait leur marque de fabrique).

 

On crie haro sur le diesel, alors que ce carburant est classé
“potentiellement cancérogène” depuis presque quinze ans.

 

Cette situation, propre à la France, est essentiellement due à une fiscalité avantageuse. Le choix fait par les gouvernements successifs de taxer moins le gas-oil que le super a entraîné une différence de prix de vente à la pompe entre le gazole et le super sans plomb qui a culminé à 32 centimes d’euros dans les années 2000. Ce facteur prix – rajouté au fait que les véhicule diesel présentent une moindre consommation – a favorisé les ventes de véhicules équipés de ces motorisations.

Avant de crier à l’unisson haro sur les diesels, nous devons avoir présent à l’esprit qu’au démarrage et pendant les premiers kilomètres tous les véhicules polluent (quel que soit le carburant). Il est donc important de réfléchir avant de de démarrer sa voiture et se demander s’il n’y a pas une solution alternative.

En consacrant 10 minutes par jour pour, par exemple, se rendre à la boulangerie à pied ou à vélo, on satisfait à une autre des préconisations de l’Organisation mondiale de la santé, celle de faire une demie heure de sport par jour…